Concevoir pour toutes les morphologies : pourquoi l’ajustement est l’un des défis majeurs dans la conception des exosquelettes
- 9 févr.
- 4 min de lecture

Lorsqu’on réalise un premier ajustement d’un exosquelette, une chose devient très vite évidente : un même exosquelette ne procure jamais la même sensation à deux personnes différentes.
Avant même de commencer à travailler, à marcher ou à effectuer de la manutention, des différences apparaissent. Une personne ressent un soutien immédiat. Une autre ajuste une sangle à deux reprises.Une troisième demande si c’est « censé faire cette sensation ».
Ces situations ne sont pas des exceptions. Elles sont la norme.Et elles mettent en lumière l’un des problèmes les plus complexes de la conception d’exosquelettes : l’ajustement.
L’ajustement est une contrainte fondamentale. Il influence la sensation, le fonctionnement et, au final, l’adoption ou non de l’exosquelette.En phase de développement, cela implique des tests répétés, des ajustements constants et une remise en question permanente de la manière dont le système se positionne sur de vraies personnes.
Les humains n’existent pas en « tailles standard »
En ingénierie mécanique, la plupart des composants respectent des dimensions prévisibles. Les pièces s’assemblent parce qu’elles ont été conçues pour cela.Les perçages s’alignent. Les forces suivent des trajectoires claires. Les structures se comportent comme attendu.
Les humains ? C’est une tout autre histoire.
Nous existons sous toutes les formes possibles : grands, petits, épaules étroites, épaules larges, bras longs, bras courts… la liste est infinie. Deux personnes de même taille peuvent avoir des proportions totalement différentes. Deux personnes de même poids peuvent avoir des morphologies opposées.
Et contrairement aux vêtements, les exosquelettes ne doivent pas seulement « tenir » sur le corps.Ils doivent transférer des charges, accompagner les mouvements et rester en place pendant le travail.
L’ajustement est donc fondamentalement différent d’un simple problème de taille.En pratique, aucune étiquette ne permet de prédire de manière fiable comment un exosquelette se comportera sur une personne.
Ce qui compte, c’est la manière dont le système s’aligne avec un corps en mouvement, qui se déplace, se charge et réagit différemment à chaque geste. C’est pourquoi l’ajustement devient très vite un problème d’ingénierie, et non de simple dimensionnement.
Un exosquelette ne se porte pas seulement. Il doit travailler avec vous

Un bon ajustement ne concerne pas uniquement le confort.Il influence directement le fonctionnement de l’exosquelette.
Si l’ajustement n’est pas correct :
le soutien peut ne pas s’activer correctement
les forces peuvent ne pas être transférées là où elles le devraient
les sangles peuvent glisser
des points de pression peuvent apparaître
le mouvement peut sembler contraint au lieu d’être assisté
Ce qui semble être un léger décalage peut modifier profondément la manière dont les charges circulent dans le système. Quelques centimètres dans l’alignement d’une articulation ou la position d’une sangle peuvent faire la différence entre un soutien utile et une résistance gênante.
Cette sensibilité explique pourquoi les essais sont réalisés avec de nombreuses personnes, couvrant l’ensemble des morphologies que l’on retrouve dans les environnements de travail réels.
Textile + mécanique = le véritable défi
L’un des principaux enseignements tirés par notre équipe est que l’ajustement est un sujet profondément interdisciplinaire.
La structure mécanique (lorsqu’elle est présente) doit suffisamment s’inspirer de l’anatomie humaine.
L’interface textile doit être conçue et positionnée avec soin afin de transférer et de répartir les forces de manière fiable, mais aussi confortable.
Le système de réglage doit être suffisamment intuitif pour être utilisé par tous, sans connaissances techniques particulières.
Si l’un de ces éléments est défaillant, l’ensemble du système paraît inadapté.
Dans la pratique, l’ajustement ne peut pas être résolu sur le papier.Il doit être validé sur des corps en mouvement.De légères modifications de conception ou de réglage peuvent avoir un impact majeur dès que le mouvement réel entre en jeu.
C’est pourquoi le développement se concentre souvent sur des détails très fins : position des coutures, angles des sangles, épaisseurs de rembourrage ou formes des contours.
Ces éléments sont rarement visibles sur les photos produits.Mais ils peuvent être décisifs pour qu’un exosquelette soit perçu comme naturel ou, au contraire, intrusif.

Le graal : un seul design, des milliers de morphologies
Pour un déploiement en conditions réelles, les exosquelettes ne peuvent pas être des solutions sur mesure pour chaque individu.Ils doivent fonctionner pour des équipes entières, sur différents postes, horaires et sites.
Cela implique de la capacité de réglage.Mais pas au point de rendre le système complexe ou frustrant à configurer.
Le juste équilibre se situe quelque part entre :
réglages simples
large plage d’adaptation morphologique
trajectoires de charge stables
nombre minimal de points de défaillance
bonne expérience utilisateur
Les exosquelettes Auxivo s’appuient sur des constructions textiles flexibles, des éléments auto-alignants et des méthodes de réglage qui se mettent en place en quelques secondes.Ces choix ne relèvent pas du confort d’utilisation, mais de la réalité du quotidien.
Si un employé a besoin de 15 minutes et d’un manuel pour obtenir le bon ajustement, l’acceptation chute immédiatement.
Enseignements du terrain

Lors des essais terrain de nouveaux prototypes, nous observons en permanence la manière dont les utilisateurs enfilent et ajustent réellement les exosquelettes.Et la réalité est simple : chacun le fait légèrement différemment.
Certains préfèrent un réglage serré, d’autres davantage de liberté.Certains oublient de tendre une sangle, d’autres activent le système plus tôt ou plus tard que prévu.
Ces différences ne sont pas des « erreurs utilisateur ».Ce sont des signaux.Elles nous indiquent où la conception doit être plus claire, plus simple et plus intuitive.Et ces enseignements sont directement intégrés dans les prototypes suivants.
Où nous allons
À long terme, nous nous attendons à ce que les exosquelettes s’adaptent encore mieux aux morphologies et aux mouvements :
textiles avancés
matériaux plus légers et plus respirants
designs qui se rapprochent davantage du vêtement que de l’équipement
Mais même avec de nouveaux matériaux, une réalité demeure : concevoir pour toutes les morphologies restera toujours l’un des aspects les plus complexes et les plus essentiels du développement des exosquelettes.


